Vaudou, condoms et beurre de peanut!!

Il y a une limite au pouvoir des mots, et puis, y’a rien comme des photos!

Enjoy!

Une mémé au camp Péchinat, Jacmel. Du camping trash, pas à dire…

Quand on pense que le goudou-goudou date de deux ans, on comprend mal que ces champs de tentes soient encore là…

L’air de rien, un des meilleurs beurre de peanut au monde!!

En train de “faire” une mémé, à Port-au-Prince

Une mémé plus jeune que les autres, pour des raisons sentimentales!

Chez la Mambo, à Jalouzi, Port-au-Prince

Chez le Hougan à Jalouzi. Le crâne serait celui de… son propre père!

De l’ombre, c’est précieux. Au moins, le tank roulant de la Minustah sert à ça…

Leogan, fabrique de klèren (alcool de canne à sucre)

Cyvadier. Yep! C’est là que j’habite!!

Création de 808 personnes?? Quand je vous disais baby boom… :-)

Soirée Vaudou, à Cyvadier. J’vous dis pas dans quel état j’étais!!

Ce n’est pas une rivière, mais une route inondée, sur la route des Cayes. Nous en pickup, d’autres en chaloupe. Pays de débrouillards, pas à dire…

Jusqu’au bout, c’est-y assez clair?

Le croirez-vous si je vous dis que j’ai raté la Jaguar rutilante qui venait de passer en trombe? J’espère que oui, parce que je ne niaise même pas. Un pays de contrastes, je vous dis!

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La MINUSTAH. Soyez prévenus, je vais sacrer…

Je veux pas faire ma baveuse, mais dans MINUSTAH, il y a le mot minus et c’est une bien drôle de coïncidence.

La MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) c’est, entre autres, 10 600 policiers et militaires de 49 pays différents. Ajoutez les civils, vous arrivez à une bouillabaisse de 115 nationalités. Oui, oui, pas une de moins. Les Nations-Unies, pas à dire, portent bien leur nom. Mais les Nations-Greedy, ce serait pas pire aussi.

Cette flotte humaine est débarquée en Haïti pour… Franchement, on ne le sait pas trop. Et n’allez pas demander à leurs pions de vous éclairer, ils ne le savent pas tellement non plus. Ils aident. C’est vague.  Je pionne, tu pionnes, il pionne… Genre.

Les policiers et militaires sont partout. Je veux dire, pas seulement près des grands hôtels et des plages en train de se prendre en photo. Plusieurs patrouillent, d’autres sont stationnés en permanence dans les carrefours achalandés, l’arme au poing. À croire que le pays est occupé. Je veux bien admettre que certaines zones de tentes délabrées et parsemées de tas de fatras qui brûlent comme des offrandes aux dieux ressemblent à des paysages d’après-guerre, mais Haïti sort d’une catastrophe naturelle, pas d’un conflit armé. Cette occupation armée jusqu’au dentier est injustifiée, et la population est écœurée..

La question : Ils servent à quoi?

Ne soyez pas cyniques, les membres de la MINUSTAH ne servent pas seulement à violer de jeunes Haïtiens, à importer le choléra et à faire des enfants aux jeunes femmes, en cours de route. Personne n’est payé pour ça, on appelle ça du bénévolat. Et puis, soyons honnêtes, c’est loin de représenter la norme. Ce sont simplement des choses malheureuses qui arrivent, diront les autorités. Juste plate qu’elles négligent de s’excuser pour autant.*

Trêve de sarcasme, au départ  la MINUSTAH a été mise en place pour aider Haïti à se stabiliser après la chute d’Aristide, puis a été renforcée pour aider le peuple haïtien à se relever du tremblement de terre qui a si lourdement endommagé le pays. C’est juste que… on n’arrive comme pas à y croire. Telle qu’elle est, cette mission est la farce de la décennie (j’ose pas dire du siècle, vous allez penser que j’exagère). Une farce qui serait peut-être drôle si elle ne coûtait pas si cher. Dans les faits, c’est tellement du grand n’importe quoi que ça devrait s’écrire en majuscules.

N’IMPORTE QUOI

Encadrer, former et sécuriser un pays sévèrement chaotique, c’est pas rien, c’est même proprement louable, comme mission. Mais s’il y avait un réel intérêt, il me semble que la moindre des choses serait d’organiser les membres de la MINUSTAH par champs de compétences. T’es spécialiste de l’information, t’es chef des enquêtes, t’es le pro de la circulation ou un abruti tout juste bon à écrire des contraventions? Qu’à cela ne tienne, les besoins sont dans tous les domaines. Or, l’assignation des tâches semble aussi aléatoire que le tirage de boules de bingo. Tel qui sait pas écrire se retrouve rédacteur de rapports, tel qui sait pas diriger se retrouve à la tête d’une équipe, tel qui est ultra spécialisé en narcotiques se voit coordonner une flotte de véhicules, etc.

D’ailleurs, voulez-vous bien m’expliquer ce qu’un policier de la Croatie, de la Thaïlande, du Bangladesh, de l’Uruguay ou du Brésil (je vais pas tous les nommer, ce serait long) vient foutre en Haïti s’il ne parle que sa propre langue? La langue des signes, c’est ben l’fun, mais c’est un peu indigne d’une organisation qui se targue de ce nom, non? L’organigramme de la MINUSTAH est proprement ahurissant, à rendre n’importe qui parano. Je veux dire que si l’on voulait provoquer un échec total, l’on ne s’y prendrait pas autrement. Y’en a pas deux qui parlent la même langue, ciboire!

Oh! Bien sûr, l’on me rétorquera qu’il y a moins de violence ici et là, moins de viols dans les camps, moins de fraudes aux élections. Whouuuuuuuuu!! On l’espère, crisse!! Ce serait le boutte de la marde autrement,  il y a tout de même des limites à l’effronterie.

***

Le principal mandat de la MINUSTAH est de former les membres de la PNH (Police Nationale d’Haïti). Vous avez une idée de ce que ça représente pour un policier haïtien de se faire soi-disant former par un Jacques, par un Mamadou, par un John puis par un Pedro? Ça ne prend tout de même pas un génie pour comprendre que l’Afrique ne fonctionne pas comme l’Amérique et que l’Europe a peu en commun avec l’Asie. Les approches sont à ce point différentes que le pauvre Haïtien y perd littéralement son chinois. Ben oui, y’a des Chinois aussi, ces illustres défenseurs des Droits de l’Homme; il y a de tout, je vous dis.

Et sérieusement, vous pensez que tous ces charmants policiers étrangers se sont tapé le code haïtien avant de se mêler de formation? Pfff!  Faut pas rêver. Quelques-uns, oui, mais ils sont si minoritaires qu’on n’en parlera pas. Et n’allez surtout pas vous imaginer qu’ils apprennent la langue locale pour en apprendre davantage sur le tas, c’est déjà beau que la flotte reparte en sachant dire « merci » en créole. Okay, okay, y’a des zélés, faut pas les oublier. Ces derniers savent dire « comment ça va? » et demander l’heure qu’il est dans la langue de Dieudonné. Re-whouuuuu!

Le résultat de cette mission n’est donc que celui que l’on peut anticiper : en majuscules, si vous me suivez.

Je ne suis pas tendre, inutile de me le rappeler…

La plupart des membres de la MINUSTAH sont franchement gentils, à défaut d’être particulièrement brillants. Faut pas oublier que ce sont souvent des policiers, des gendarmes ou des soldats, donc pas tout à fait le type de carrière où l’on te demande d’être démesurément intelligent. Obéissant, oui, éclairé et cultivé, non. On ne s’étonnera donc pas qu’en les questionnant, la plupart se croient utiles, voire indispensables et qu’eux autres, ils l’ont, l’affaire! Faut leur donner ça, ils sont bien dressés, à rendre jaloux un dompteur de caniches.

Comme dans toutes les meutes, quelques individus se démarquent. Sont pas nombreux, mais sont lucides. Ceux-là se sont lancés dans cette mission pour faire une différence, parce qu’ils y croyaient. Ceux-là ont des compétences indéniables, mais pourtant parfaitement déniées. Je dis ceux-là, je n’en connais qu’un ou deux. Il doit bien y en avoir quelques autres, mais je les connais pas. Faut dire que je ne parle ni russe ni turc… Ceux-là, enfin, est-il nécessaire de le préciser, sont parfaitement désabusés, déçus, honteux même de faire partie de la machine des Nations-Unies, une des plus grosses machines à cash que la terre ait jamais portée. On parle de milliards de dollars.

Parce qu’il ne faut pas l’oublier, la MINUSTAH, c’est un budget monstre. 793 517 100$, pour l’année fiscale 2011-2012. Multipliez ça par X années, ça fait un ti-peu cher pour ce que ça donne. Au fait, d’où sort le 100$ qui empêche de faire un chiffre rond? Serait-ce par hasard la somme allouée qui doit demeurer en Haïti? Je n’aurais aucun mal à le croire.

Parce qu’il faut vraiment avoir la tête dans le sable (ou dans le cul) pour ne pas constater en un clin d’œil que la grosse majorité des fonds versés par les Nations-Unies pour Haïti est une façon détournée, à peine déguisée, d’aider non pas les Haïtiens, mais… les 115 autres pays.

Oui, une crisse de grosse farce.

Juste plate que ça ne donne pas envie de rigoler.

Quand je vous disais que dans le mot MINUSTAH, y’avait le mot minus

Le saviez-vous?

- De grands panneaux publicitaires décorent le pays, surtout dans le Sud-Est. MINUSTAH AK KOLERA SE MARASA. NON A LOKIPASYON. (La MINUSTAH et le choléra, c’est synonyme. Non à l’occupation). Sont écœurés, je vous dis.

- Un policier de la MINUSTAH n’a aucun pouvoir interventionnel. Il doit faire appel à la PNH, même en cas d’urgence. Comme n’importe quel citoyen du monde, il peut se porter à la rescousse d’une personne en danger. Mais watch out si c’est pendant ses heures de travail!

- Des soldats sont planqués un peu partout dans le pays, l’arme pointée sur la population 24 heures par jour. Pfff!

- Des véhicules UN sillonnent le pays jour et nuit, trimbalant des soldats armés, qui eux aussi pointent la population de leur arme en tout temps. Re-Pfff! C’est dangereux, stie.

- Certains salaires dépassent l’entendement. 18 000$ US par mois pour écrire des recommandations sur les Droits de l’Homme et aller les ânonner ici et là, on s’entend que c’est un peu cher payé. Il y aurait pire que ça, mais mes sources sont pas fiables, alors je ne m’avance pas.

*Plusieurs études ont prouvé la responsabilité des occupants népalais de la MINUSTAH lors de l’apparition du choléra. Ben non, ils l’ont pas fait exprès, ben non, c’était pas une intention diabolique, mais câlisse, évacuer la merde humaine vers la rivière la plus proche n’était pas exactement ce qu’on appelle respecter la population. C’était de la grosse négligence, une négligence que l’on qualifie de criminelle quand on en connait les désastreuses conséquences. La MINUSTAH ne s’est jamais excusée. Elle a compté sur la résilience innée des Haïtiens, avec raison sans doute, puisque la plupart ont déjà oublié. Ben, pas nous. C’tu plate…

Un blindé stationné en permanence, avec des soldats qui pointent leur arme sur la population 24/24. Pffffff!

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Histoire d’horreur

Marco est cet Italien dont je vous ai déjà parlé sur un billet. Un passionné de football et de vie. Dernièrement, il a eu de petits problèmes de santé. Rien pour écrire à sa mère, juste une histoire de diabète et de pancréas. De toute façon, elle est morte, sa mère, son père aussi; il est enfant unique et sa famille, c’est un peu nous.

Malgré que ce n’était pas la grande forme, Marco a absolument voulu aller faire un tour au Festival de Jazz de Port-au-Prince. Oui, oui, vous avez bien lu, il se passe aussi des événements culturels en Haïti.

C’est là que tout a basculé. Un soir, il s’est mis à déparler et à perdre l’équilibre. Rien à voir avec l’alcool, son pancréas l’avait convaincu d’arrêter de boire il y a un mois. Autour de lui, les gens se sont inquiétés. Mais ils n’ont malheureusement pas compris l’ampleur du désastre qui était en train de se produire; ils ont cru à un désordre mental, une subite crise de je-ne-me-sens-pas-bien-et-je-deviens-fou. Ils l’ont donc ramené à Jacmel en catastrophe, pour aller consulter les médecins Cubains. Ce sont les meilleurs au pays, selon tous les avis.

Ces professionnels de la santé ont immédiatement diagnostiqué un AVC et ont ordonné son transfert à Port-au-Prince, dans une clinique spécialisée pour subir un scan.

Une ambulance. Un transport rapide. Tout allait bien.

Mais c’était sans compter sur l’incompétence des requins de la clinique LAMBERT. En majuscules, oui, je ne voudrais pas que quiconque me lise oublie ce nom et aille se faire soigner chez ces mangeurs de cash d’une arrogance et d’une incapacité sans nom.

Incompétence ou arrogance? Franchement, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que les médecins haïtiens n’apprécient pas tous la présence de médecins étrangers, aussi ceux de la clinique LAMBERT ont-ils décidé que les Cubains étaient dans le champ et qu’un scan était peut-être nécessaire, mais pouvait attendre encore un jour ou deux.

Un jour ou deux??? Tabarnac! T’as 4 heures pour réagir, dans un cas comme celui-là, 4 petites heures de rien du tout pour injecter un anticoagulant et limiter les dommages. 4 heures depuis longtemps passées, au demeurant. Je ne suis pas médecin, mais disons que j’ai eu droit à un cours accéléré grâce à Internet et à des amis qui travaillent pour la Croix-Rouge. Je ne suis pas médecin, mais c’est tout de même moi qui ai dû engueuler un peu ces joue-avec-la-mort de merde de la clinique LAMBERT et m’assurer que le scan se fasse immédiatement.

Ils ont fini par céder. Céder, oui…

Résutat : les Cubains avaient parfaitement raison. Conséquences : l’engourdissement s’est transformé en paralysie totale de tout le côté droit, Marco ne peut plus marcher et il est confiné au fauteuil roulant. Rééducation possible grâce à la physiothérapie, mais y’a rien de moins évident.

On est tous dévastés ici. On a du mal à croire qu’une vie peut basculer si vite, c’est trop fou, trop menaçant, trop absurde. Guéris Marco, guéris. On t’en prie tellement.

Bande de salopards!

Je ne dis pas que c’est la faute de la clinique LAMBERT si Marco se retrouve dans cet état. C’est la faute de tout le monde et de personne, c’est la vie. Mais une chose est certaine, je n’y mettrai jamais les pieds moi-même, ils sont trop, trop… méprisables, voilà.

Parce que j’en ai entendu de belles, sur leur compte. Ah oui! Pendant que Migrette (la copine de Marco) réglait la paperasse à la réception, un jeune homme s’est présenté seul, en détresse et la tête en sang. Bien habillé, sans doute un jeune homme du quartier. Eh bien, ils l’ont même pas regardé, ils l’ont crissé dehors! Leur raison? « Monsieur, vous êtes seuls, on ne peut pas s’occuper de vous! Allez dans un autre hôpital. »

Lire : « Monsieur, on ne sait pas si nous serons payés, crissez votre camp d’ici ».

Migrette s’est pratiquement effondrée. Elle aurait voulu pouvoir payer pour le jeune homme, les a suppliés d’au moins regarder sa plaie, rien à faire. Ils l’ont mis dehors. La pauvre en est encore toute chavirée, mais elle ne pouvait rien faire, parce que figurez-vous que la clinique LAMBERT exigeait un dépôt de 1000$ US pour jeter un œil sur Marco. « Il est 23 heures, pouvez-vous attendre à demain? »

Non, bien sûr. C’est Marco qui a attendu le lendemain.

Merde, merde et re-merde.

Parlant de frais exorbitants, ils sont un peu difficiles à comprendre. Les infirmières de la clinique LAMBERT sont bien gentilles, bien charmantes, mais ne leur demandez surtout de manipuler correctement un patient, ni encore moins quel est le médicament qu’elles s’apprêtent à administrer.

- C’est un médicament, qu’elles me répondent.

- Oui, ok. Mais quel médicament, pour quoi faire?

- Un médicament pour le soigner.

Grrrr… Pour un peu, je l’aurais mordue. Mais c’est pas sa faute, elle n’est juste vraisemblablement pas formée par… tous en chœur: la clinique LAMBERT.

 ***

Hier soir, on a ramené Marco à Jacmel. Il s’envolera pour l’Italie le 15 février, avec son ami Enrico. D’ici là, vous l’avez deviné, on ne le confie qu’aux médecins cubains. Et pas seulement parce que leurs soins sont gratuits…

 

Marco en des jours meilleurs… il y a si peu de temps.

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Tout nus et goudronnés!

Tous les dimanches jusqu’au grand Carnaval de Jacmel, c’est la fête! Mais une fête un peu spéciale, comme vous le verrez dans cette courte vidéo prise sur la route de Cyvadier hier après-midi…

Nope! On ne s’ennuie décidément pas en Haïti!

L’idée, c’est de stopper les voitures et les piétons et de leur faire cracher une aumône symbolique. Tu donnes rien? Tu finis taché de goudron!! J’ai eu ma leçon l’an passé, maintenant je paie!

http://www.youtube.com/watch?v=K3HVqSC8yzs

 

Sur la plage de Kabik

 

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Madame chose est pas contente!!

Surprise désagréable sur ma page Facebook il y a quelques jours, une dame haïtienne que je ne connais pas personnellement -et que franchement, j’aimerais bien rencontrer un jour- s’est mise à me décocher des flèches de tous les côtés. Des kilomètres de mots pour me dire que je devrais avoir la décence d’effacer mon blogue, car selon ses dires, je ne fais que mépriser et humilier les Haïtiens. Appelons-la madame Chose pour ne pas l’effaroucher en citant son vrai nom, elle est déjà suffisamment enragée comme ça. Madame chose, donc, est haïtienne, mais elle vit à Montréal.

Je n’en parlerais pas si sa sortie n’avait entrainé dans son sillon des menaces ma foi fort déplaisantes. Rien pour faire peur à Mémé, je vous rassure, mais j’ai trouvé ça aussi parfaitement débile que profondément injuste. Parait même que je me suis retrouvée comme sujet (négatif) dans une émission à la radio haïtienne de Montréal. La méchante mémé, elle attaque Haïti! Il me semble les entendre brailler d’ici…

Pourquoi tant de verbiage?

Parce que j’ai osé dire, en faisant le portrait de madame Baptiste, qu’elle était noire, noire, noire, presque bleue. Parce qu’en parlant de madame Payli, j’ai dit qu’elle était maigre comme ça se peut, mais qu’on n’y croirait pas. Quoi encore? Ah oui, parce que j’ai osé rire du diable qui téléphonait via Digicel, une histoire qui, m’affirme Chose le plus sérieusement du monde, se serait rendue jusqu’à Montréal. Et parce que,  enfin, j’ai osé dénoncer (non, non, personne n’a jamais dit ça avant moi!!) qu’Haïti manquait d’infrastructures et que certains endroits étaient littéralement couverts de déchets.

Donc, non seulement je déteste ce petit pays, mais j’essaie d’amener le plus de gens possibles à l’exécrer aussi. Elle m’accorde que les laptops, c’était pas mal comme geste, mais que bof, ça s’annule puisque je ne fais que chier sur sa petite île chérie. Tellement chérie d’ailleurs qu’elle n’y vit pas.

Je vous préviens, je vais sacrer.

J’ai eu beau lui répéter sur tous les tons que la femme en question était effectivement aussi noire que le charbon, madame Chose a seulement jumpé davantage. Crisse, depuis quand une couleur de peau est-elle un défaut? Depuis qu’on est soi-même complexée? C’est tout à fait ce que je me disais…

L’autre, ma petite madame Payli, était tellement maigre qu’en effet, j’étais surprise qu’elle puisse tenir debout. Du mépris, ça? Franchement, c’était une dame allumette, elle n’était pas seulement maigre, elle était rachitique; j’étais tout de même pas pour dire qu’elle était ronde comme une courge pour faire plaisir à Chose. Et quant à me fermer la gueule, n’y pensons pas, ça ne l’aurait pas engraissée pour autant. Si un chat s’appelle un chat, une maigre, ça s’appelle une maigre. Pas plus compliqué que ça.

Je vous l’ai déjà dit maintes et maintes fois, les Haïtiens (les vrais, pas les montréalisés) n’ont aucune once d’hypocrisie dans leur discours. T’es laid, ils vont te le dire, t’es maigre comme un clou, ils vont t’appeler zopope (littéralement os de poupée, et c’est tout sauf un compliment), etc.

Je me souviens très bien de la naissance de ma (désormais) belle Emmanuelle, à Port-au-Prince. Tout le monde voulait la voir, et l’un derrière l’autre, ils s’écriaient : Ishhhhhh! Jan li lèd, jan li sèch!! (Comme elle est laide, comme elle est sèche!). Aoutch!

C’était vrai pourtant, durant le premier mois. Elle ressemblait réellement à une petite vieille ratatinée dans un corps de bébé naissant. Sans aller jusqu’à dire que ça me faisait triper qu’on décrive ma poupoule de cette façon, je dois admettre qu’au fil du temps, cette brutale honnêteté m’a fascinée… et enchantée.

Mais revenons à mes mauvaises intentions…

Pour le diable, j’ai bien dû l’admettre, je me moquais ouvertement. Mais si on n’a pas le droit de rire de pareilles superstitions en 2011, reste plus qu’à réinstaller les bûchers et brûler, sinon les sorcières, celles qui n’admettent pas les diableries. Genre… Oups! Je voulais dire stie!

Enfin, pour les infrastructures et les fatras, j’ai rien répondu, je trouvais ça trop insignifiant.

Pour le mot de la fin, je vais la citer, tiens!

Eskou ka di’m Marie nan ki but ou ekri bagay sa yo ??? Si’m ta pran tan’m pou’m di’w tout move bagay ou ekri sou peyi’m nan nan blog ou a, mwen ta fe tout jounen an chita devan konpute a jis demen maten rive. (Peux-tu me dire, Marie, dans quel but tu écris tout ça? Si je prenais le temps de relever toutes les saletés que tu écris dans ton blogue sur mon pays, je passerais toute la journée devant mon ordinateur, jusqu’au petit matin.)

Eh bien, madame Chose, ce serait pourtant une excellente idée. Juste une petite journée… Ça vous éviterait, à tout le moins, de débiter n’importe quoi.

Une plage sans fatras! Ben oui, Chose, il y en a…

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Les Bourgeois, c’est comme les cochons?

Meuh non, c’est pas méchant du tout, un cochon! C’est même mignon, ça ne fait chier personne, et quand il est bien engraissé, il nourrit les autres. Non, n’en déplaise à Brel, les Bourgeois ne sont décidément pas des cochons.

J’ai beau avoir vécu quatre ans à Port-au-Prince, je ne connaissais pas Pétion-Ville, le quartier riche de la capitale. Bien sûr, j’y avais déjà mis les pieds, mais seulement pour quelques sorties nocturnes, à l’occasion. Le genre de virée où tu te bourres la gueule et que tu vois rien (ou double), ça ne compte pas. Nous – mes enfants et moi- vivions au bas de la ville, là où j’avais les moyens d’assumer un loyer sans me ruiner, et où je ne réalisais pas vraiment cette énorme différence entre les riches et les pauvres. Oh! Je savais qu’il y en avait, des nantis (je leur enseignais, d’ailleurs, dans un Collège), mais je les imaginais, comment dire, un peu plus gentils? Enfin, un peu plus humains…

Je sais, je sais, ce n’est pas bien d’avoir des préjugés. Reste qu’ici, c’est un sacré défi. Il y a des exceptions, c’est certain, mais elles ne font souvent que confirmer la règle : t’es riche, t’es quelqu’un, t’es pauvre, t’es un tas de merde.

Les bourgeois haïtiens sont une race à part, d’une arrogance monstrueuse, en tout cas très dérangeante. Faut les voir circuler et foncer sur les piétons dans leurs gros quatre par quatre, toutes vitres remontées sauf pour marchander comme des enragés, à l’occasion. Que ne ferait-on pour arracher trois gourdes  sur une vente;  ça vaut l’effort de baisser la vitre, non? Sauf bien entendu si la marchande a l’air particulièrement misérable. Dans ce cas-là, allez, on lui en arrache quatre (gourdes). C’est à coup de 15 sous, après tout, qu’on amasse des millions. Pfff!

Pas pour rien qu’ils construisent des murs qui sont à veille de toucher le ciel tellement ils sont hauts. Y’a de quoi avoir peur, tu ne craches pas sur tout le monde sans que ça te retombe dessus, en trombe, un jour ou l’autre. Mais on est loin d’être rendu là, la révolution (l’évolution?) n’est pas pour demain.

Il m’arrive de lire de sacré conneries (Coucou Casimir!). Comme par exemple que les riches méritent d’être riches puisqu’ils travaillent, eux. Ah bon? Faudra alors redéfinir le mot travail, et m’expliquer comment on appelle ça, forcer, suer et crever toute la journées sous le poids de la peine pour un salaire tellement misérable qu’on se demande pourquoi ils sont payés. Impossible de vivre décemment avec ces miettes, impossible de demeurer en santé et de ne pas finir par en mourir, trop jeune.

Les riches seraient plus intelligents, mon cher Casimir? Plus éduqués, sans aucun doute, mais pas plus dotés de cervelle que d’autres, je t’assure. Non, l’intelligence et la médiocrité n’obéissent pas à des règles de standing social. L’éducation en revanche en dépend directement. On n’est pas au Québec où tu peux t’en sortir en allant à l’école publique, c’est clair.

C’est tellement vicieux, tellement injuste. La seule différence qu’il y a entre l’esclavage classique et l’esclavage moderne, c’est que les maîtres sont de la même race que leurs sujets. Pas exactement ce que l’on appellerait le progrès. C’est tout aussi condamnable, tout aussi honteux.

***

Toutes organisations mises à part, les bourgeois haïtiens sont les principaux créateurs d’emploi. Ils engagent effectivement beaucoup de personnel, tant pour tenir la maison (lire le château) que pour faire rouler leurs affaires. C’est bien beau avoir le monopole de la vente de riz ou de loto, mais il ne faudrait tout de même pas que les riches se mettent à s’échiner le dos à construire des cabanes et à transporter des poches de plusieurs kilo. Où irait le monde, je vous le demande.

Je déconne, bien sûr. À chacun sa force, et certains sont meilleurs en manutention qu’en gestion,  on s’entend tous là-dessus. Mais si le fait d’être brillant et entreprenant mérite salaire, pourquoi celui d’être endurant physiquement mérite-t-il seulement de la poussière? Je n’apprends rien à personne en disant que la majorité vit dans une extrême pauvreté, dans une misère crasse qu’il est difficile d’imaginer si on ne l’a pas côtoyée. Être sans emploi en Haïti, c’est courant. Mais ne pas travailler, c’est rare. J’en connais qui ne le supporteraient pas une semaine (T’es encore là, Casimir?).

Les rêveurs (j’en suis) ont cru qu’après le tremblement de terre, les choses changeraient un peu. La nature a en effet la fâcheuse tendance à ne pas faire de différence entre les riches et les pauvres, et n’importe qui s’est retrouvé sous les décombres ou condamné à la rue. Des très riches ont dû se serrer contre des très pauvres pour partager un peu de chaleur, sinon humaine, corporelle. Mais ça n’a pas duré, les riches ont vite pu remonter chez eux, dans les fraîches montagnes, ou quitter le pays, le temps de respirer un peu.

Les pauvres sont évidemment demeurés entre eux, dans la boue, les débris et les fatras. Deux ans depuis le tremblement de terre, et rien n’a vraiment changé, sinon que l’écart entre les nantis et les démunis s’est encore amplifié. On croyait pourtant avoir atteint la limite, mais y’en a  pas, de crisse de limite, dirait-on.

Je ne crois pas en Dieu, je rigole de la Bible. Mais j’avoue que parfois, j’aimerais  croire au paradis et à l’enfer. Pour que réparation soit faite et que les miséreux savourent un jour le fruit de leur labeur sur terre, pendant que ceux qui se sont enrichis sur leur dos paient leur mépris en grillant, cette fois, comme de vulgaires cochons.

Ben oui, une idéaliste…

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Accident

Seguin, c’est haut et c’est loin. 2000 mètres d’altitude, au bout de trois heures de route. Quand je dis route, c’est une façon de parler, hein! Des roches, des bosses et des trous, voilà ce que j’entends par route. Disons que ce n’est pas le genre de promenade peinarde où tu t’endors gentiment en rêvant à tes vieux péchés. Faut que tu t’accroches, et solidement. Un vrai charme.

On m’en avait tellement parlé, je voulais trop y aller. Aussi, lorsqu’Enrico -un autre ami italiano- nous a proposé de l’y accompagner, nous avons sauté dans son pickup puis, une fois rendus, sur ses chevaux. Emmanuelle tripe sur l’équitation, et, ma foi, moi aussi. Bref, la journée s’annonçait merveilleuse…

L’endroit est réellement beau. Le regard porte jusqu’au bout du monde et les quelques bâtiments qui s’y trouvent sont magnifiques. Pierres des champs et jolies boiseries, disons que ça change du béton gris.

Une petite maison construite à l’écart attire l’attention. C’est la maison des Loas. En effet, chaque mystique qui se respecte, s’il en a les moyens, construit un bâtiment pour les Esprits. Ce n’est pas un temple, ni un endroit pour aller communiquer (communier?) avec eux, mais simplement un endroit fermé à clef, mis à leur disposition pour l’éventualité où ils souhaiteraient se reposer. Comme chacun sait, les Esprits n’aiment pas errer sans pouvoir prendre une pause de temps en temps : des plans qu’ils se mettent à t’ignorer, ou, pire encore, à t’emmerder. Mauvaise idée.

- Maman! T’es sûre qu’on n’est pas au Canada?

Non, ce ne sont pas les Loas qui donnent cette impression-là! Ce sont les innombrables pins et… le froid. Pas de palmiers ni de bananiers à Seguin, on se croirait réellement dans un bois, quelque part au Canada.

Le drame

Sur un cheval que je ne connais pas, je suis un peu matante. Ma fille en revanche est pas mal plus brave (ou plus fofolle, selon) et a pris les devants au grand galop, ses beaux cheveux blonds volant dans le vent comme dans un bon vieux western un peu cucul. La totale, quoi!

Elle allait si vite que je l’ai carrément perdue de vue, un instant. Oh, pas longtemps, mais juste assez pour que son cheval s’emballe et décide de l’envoyer valser sur les cailloux. Difficile de dépeindre l’indicible horreur lorsque j’ai aperçu la monture sans mon Emmanuelle sur le dos. T’as le cœur qui veut s’arrêter de battre mais, paradoxalement, il se met plutôt sur un beat de fou. Grosse, grosse panique.

Heureusement, elle n’était pas très loin; deux secondes plus tard, je débarquais à son côté. Elle était assise sur le bord du chemin, le jean un peu déchiré, l’air un peu sonné, mais bien vivante et en un seul morceau. Ouf!

-Ça va ma poule? que je lui demande en lui caressant les cheveux.

Arghhhhhhhhh! Noooooon!!!

Ce n’était plus des cheveux bonds, mais des cheveux rouges qui saignaient dans son dos, dans son cou, sur sa gorge. Ma panique s’est transformée en terreur, de cette terreur qui te fait trembler de la tête aux pieds. Non, non, non…

Enrico a détalé aussitôt pour aller chercher son pickup. Pendant ce temps, des enfants, de sales petits enfants – je veux dire qu’ils ne saignaient pas de la tête, eux-, accouraient de partout, attirés par le spectacle de la fille blessée et de la mère affolée. J’aurais voulu tous les égorger, leur arracher leur vie et la transplanter dans ma fille. Pas très charmant, mais j’aurais fait sauter la planète pour qu’on me rende mon enfant en vie.

Finalement, j’ai vu la coupure derrière sa tête. Quatre ou cinq centimètres de long. Rouge et blanc. Le rouge du sang et le blanc de la chair. Rien pour écrire un poème, mais je me suis imaginé que le blanc était en fait son cerveau, en fuite (mes notions d’anatomie sont limitées, je sais), et je vous jure que tenir le crâne de son enfant à deux mains pour essayer de le souder n’est rien pour vous inciter à pousser la chansonnette. Hurler, oui, mais fallait pas.

La petite était calme. Et bien qu’ouverte, sa tête fonctionnait toujours, assez pour que ses premières paroles soient :  Maman, je veux pas que tu écrives ça sur Facebook! 

Re-ouf! Tu peux pas avoir le crâne pété et sortir une connerie pareille!

***

J’ai choisi de vivre loin de ce que l’on appelle communément la civilisation. J’aime -que dis-je, j’adore- cette impression d’avoir reculé dans le temps, de vivre à l’ancienne, en quelque sorte. Mais dans ce genre de situation, je peux vous dire que je faiblis en estie, car j’aurais donné ma vie dans l’instant pour que ces fameux pins soient canadiens, pour entendre une sirène, pour voir une ambulance ou un uniforme rassurant. Mais bon, je parle pour ne rien dire, il ne s’est rien passé au fond, outre un bon choc nerveux pour la mémé, trois points de suture et quelques bleus pour la petite et… un cheveu blanc le lendemain. Que j’ai arraché sans pitié.

Merci aux Cubains qui tiennent un superbe petit hôpital à Cayes-Jacmel. Ils me l’ont recousue proprement et promptement, et elle se porte à merveille. Plus envie de faire du cheval, mais ça passera. On sera deux matantes, la prochaine fois, que je me dis…

 

Ça s’annonçait pourtant si bien…

Vous trouvez pas que ça ressemble au Canada?

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